textes & photographies par

Raphaël Helle
 
LA PEUGE : EP.1 L'USINE
textes & photographies parRaphaël Helle
Autrefois en France l’usine était un lieu de vie, une identité, une dignité aussi, pour ce qu’on appelait encore la classe ouvrière. Mais avec la mondialisation les machines sont parties, ailleurs, vers l’est ou le sud. Et les ouvriers sont devenus des invisibles. « La Peuge » c’est ainsi qu’en Franche-Comté les ouvriers continuent de nommer l’usine PSA créée il y 100 ans par la famille Peugeot. Sochaux est le plus grand site industriel français, le plus ancien et la capitale de l’automobile. Les modèles de voitures sont connus de tous, merveilles de technologie magnifiées à grand renfort de publicités. Mais qui sont les personnes qui les fabriquent à la chaine, et qui font vivre une région entière ? Quels visages ont-ils ? Comment vivent-ils la tourmente économique et sociale qui fait suite à la crise financière de 2008 ?

Mon projet est de rencontrer les ouvriers, de les écouter et de les photographier, notamment les plus jeunes. De comprendre, de raconter, de témoigner de leur humanité, de les rendre visibles et audibles.
Première partie : l’usine
Suite du projet : les ouvriers chez eux.


  • Dans le nord de la Franche-Comté on l’appelle La Peuge. Crée par la famille Peugeot en 1912 l’usine PSA à Sochaux, la maison-mère de la marque, demeure le plus grand site industriel de France. et le plus ancien. Plus de 40000 personnes y travaillaient dans les années 70.

    © Raphaël Helle / La France VUE D'ICI


  • L’usine s’étend aujourd’hui sur 265 hectares. Cet axe qui la traverse de part en part est l’ancienne route nationale reliant Sochaux à Montbéliard que l’usine a rachetée en 1973.

    © Raphaël Helle / La France VUE D'ICI


  • Il sort des chaines de montages environ 1700 voitures par jour, des Peugeot 308, 3008, 5008 et des Citroën DS5.

    © Raphaël Helle / La France VUE D'ICI


  • Si dans les années 70 on comptait plus de 40000 personnes sur le site ils ne sont plus que 12000 aujourd’hui. La robotisation, l’ergonomie ont amélioré la productivité, et quand autrefois les ouvriers travaillaient coude à coude sur la chaine, ils sont dorénavant espacés les uns des autres parfois de plusieurs dizaines de mètres. Chacun pour soi, isolé par un fond sonore assourdissant.

    © Raphaël Helle / La France VUE D'ICI


  • Pascaline travaille en deux-huit. Elle alterne les semaines du matin quand elle commence à 5h21 et termine à 13h10, avec les semaines de l’après-midi de 13h10 à 21h12 . Certains ouvriers ne travaillent que la nuit. Tous reconnaissent que ces rythmes sont physiologiquement usant.

    © Raphaël Helle / La France VUE D'ICI


  • Dans l’atelier de montage où travaillent 2500 personnes je suis autorisé à circuler librement et à photographier les ouvriers. Pardon, on dit dorénavant les « opérateurs ». De même qu’on ne dit plus chaine mais lignes et brins.

    © Raphaël Helle / La France VUE D'ICI


  • Dans le secteur mécanique on habille le moteur que l’on assemble au train avant, à la ligne d’échappement, au réservoir, et au train arrière. Comme tout au long du kilomètre de la ligne, la cadence est d’une voiture par minute.

    © Raphaël Helle / La France VUE D'ICI


  • A la sortie du montage la fabrication du véhicule est terminée. On réalise immédiatement les premiers contrôles d’aspect et de fonctionnement. Au total 1800 contrôles qualité sont réalisés avant la livraison au client.

    © Raphaël Helle / La France VUE D'ICI


  • Fred n’est pas opérateur sur les lignes. Son travail requiert expérience et intuition : Lorsqu’une panne est signalée sur les circuits de fluides, huile, essence, etc, on sort la voiture qui lui est alors amenée, et en quelques minutes il doit résoudre le problème.

    © Raphaël Helle / La France VUE D'ICI


  • Pour faire face à la pénurie de main d’œuvre, des appels aux forces de travail étrangères sont lancés, dans les années 30, puis après-guerre. La proportion d’étrangers dans l’effectif global de l’usine Peugeot sera la plus forte au milieu des années 70. C’est dans un cadre très institutionnel que la venue de travailleurs immigrés est organisée. La présence de l’usine dessine la morphologie de la démographie de la région.

    © Raphaël Helle / La France VUE D'ICI


  • Avant de commencer à photographier dans cette usine j’imaginais que les ouvriers étaient des hommes âgés de 30 à 50 ans. En réalité il y a une importante proportion de jeunes et de femmes. Et parmi eux nombreux sont intérimaires. Alors que les anciens sont embauchés à durée indéterminés les offres d’emploi que propose dorénavant PSA sont à 49% de l’intérim et à 30 % des CDD. L'explosion date du début des années 2000, où les entreprises ont commencé à gérer les variations de production avec un "matelas d'intérim" – le terme est officiel. Chez Peugeot, à Sochaux un employé sur trois a un statut précaire.

    © Raphaël Helle / La France VUE D'ICI


  • Toutes les deux semaines les ouvriers sont réunis durant une vingtaine de minutes afin d’être informés des résultats du groupe et de leurs propres résultats. Ce 14 février 2013, c’est une vidéo de Philippe Varin PDG de PSA qui leur est présentée. Effet combiné de l’effondrement du marché automobile européen et de ses propres faiblesses, il leur annonce une perte nette historique de 5 milliards d’euros. Il les invite à maintenir leur effort. Malgré ces résultats catastrophiques les actionnaires lui maintiennent leur confiance le temps qu’il ferme l’usine PSA d'Aulnay-sous-Bois. Après quoi en novembre il quitte le groupe contraint à cause de la polémique de renoncer à sa retraite-chapeau de 21 millions d'euros. Il vient d’être nommé à la présidence d’Areva.

    © Raphaël Helle / La France VUE D'ICI


  • Assemblage du moteur de la Peugeot 308. Les moteurs défilent lentement et chaque opérateur accomplit durant une minute la même série de gestes avant de recommencer face au moteur suivant.

    © Raphaël Helle / La France VUE D'ICI


  • Moment de pause pour Romain, opérateur à la finition montage de la Peugeot 308. Lui dit « esclave » et non « opérateur montage ». Il est aussi chanteur dans un groupe de heavy métal.

    © Raphaël Helle / La France VUE D'ICI


  • Pause cigarette, ou pause joint c’est selon, je ne donnerai pas de noms mais la consommation de cannabis est importante lorsque le travail monotone consiste à visser dans le bruit et la solitude les mêmes pièces durant 8 heures. Un délégué CGT me dit « si vous virez tous les gens positifs au cannabis, l’usine elle tourne comment ? »

    © Raphaël Helle / La France VUE D'ICI


  • Sébastien attend le bus qui le ramènera chez lui à Lure. Des lignes d’autobus mises en place par l’usine couvrent la région dans un rayon de près de 50 km.

    © Raphaël Helle / La France VUE D'ICI


  • Des affiches le rappelle « pour préserver la qualité d’aspect des véhicules, une tenue vestimentaire adaptée est obligatoire à l’atelier montage ». Elle est officiellement dénommée « tenue image », un uniforme gris en fait. Est-ce pour contourner cette uniformité que nombre de jeunes ouvriers affirment leur identité par des tatouages, des piercing, et des couleurs ?

    © Raphaël Helle / La France VUE D'ICI




  • © Raphaël Helle / La France VUE D'ICI


  • Son tatouage m’a intrigué. Emploi précarisé, gauche sociale pas au rendez-vous, les dernières élections l’ont montré : les ouvriers se tournent vers le Front National. Peu importe si c’est La Peuge qui les a fait venir par le passé, Gaëtan trouve qu’il y a trop d’étrangers dans sa région dont Il est le skinhead le plus connu. Il pense aussi que Marine Le Pen est trop démocrate.

    © Raphaël Helle / La France VUE D'ICI


  • Sochaux-Montbéliard est le fief de Pierre Moscovici. Député socialiste du Doubs, président de la communauté d'agglomération du pays de Montbéliard il a aussi été directeur de campagne du candidat socialiste François Hollande avant d’en être ministre de l'Économie et des Finances. Il vient d’être nommé commissaire européen aux Affaires économiques. « Le Changement c’est maintenant » était le slogan de François Hollande. A Sochaux et Montbéliard certains l’attendent encore.

    © Raphaël Helle / La France VUE D'ICI



 
REPORTAGES TERMINÉS
VOIR TOUS LES REPORTAGES TERMINÉS