textes & photographies par

Nanda Gonzague
 
UNE HISTOIRE FRANÇAISE DE L'AMIANTE
textes & photographies parNanda Gonzague

Tragédie sociale, scandale politique et industriel, l'amiante est devenue omniprésente dans notre société et s’annonce aujourd'hui comme la plus grande catastrophe sanitaire française. C'est en partant de ce constat que je propose de mener un projet sur l'amiante en France jusqu'en 2016, année qui marquera les 20 ans de son interdiction dans l'Hexagone. A travers un parcours en plusieurs étapes sur le territoire français, j'explorerai différentes situations où l'amiante et l'homme ont à se défaire de leurs emprises mutuelles.

En France, l'amiante a nourri et enrichi de nombreuses régions, villes et bassins d'activité depuis le début de son exploitation vers 1860. Le premier rapport mettant en relation l'amiante et des décès d’ouvriers date de 1906 mais ce n'est qu'en décembre 1996 que la France interdit la fibre, bien après certains pays européens. Compte tenu de ses remarquables propriétés et de son faible coût, l'amiante a été massivement utilisée notamment dans les filatures, la sidérurgie, l'automobile, la réparation et la construction navale.

Aujourd'hui, vingt ans après l'interdiction de l'amiante dans l'Hexagone, qu'en est-il de la plus grande catastrophe sanitaire française? Les anciens ouvriers ou dockers qui manipulaient l'amiante dans leur travail sont morts ou meurent de mésothéliome, le cancer de la plèvre caractéristique de l’amiante. Leurs proches, femmes et enfants sont eux aussi victimes de l’amiante, juste pour avoir respiré la poussière blanche ramenée de l’usine à la maison sur les vêtements, les cheveux ou les chaussures des ouvriers.
Même interdite depuis vingt ans, l’amiante n'a pas pour autant disparu. Ainsi, des agriculteurs du Calvados découvrent en labourant leurs champs les tonnes de résidus d'amiante qui y ont été ensevelis après l'interdiction. Des habitants d'Aulnay-sous-Bois meurent aujourd’hui pour avoir fréquenté dans leur enfance une école voisine d'une usine de broyage. De nombreux autres cas de figure illustrent la difficulté de se débarrasser des résidus d’amiante répartis un peu partout en France. Problème de santé publique majeur, problème environnemental, bataille juridique interminable, on réalise aujourd'hui avec stupeur que l'amiante s'est immiscé insidieusement dans tous les recoins du pays et de la société. L'Institut national de veille sanitaire indique que l'amiante a déjà fait entre 61 000 et 118 000 morts entre 1995 et 2009, d'ici 2030, on annonce pas moins de 100 000 décès des conséquences de l'amiante en France. Tragique paradoxe que celui de l'amiante où les ouvriers travaillaient pour gagner leur vie en ignorant qu'ils la perdaient dans le même temps.

LOCALISATION

 

LOCALISATION

ÉTAPE #3, DUNKERQUE24.11.2016
Le port de Dunkerque a été le premier port d'importation d'amiante de France jusqu'en 1996, année de son interdiction sur le territoire. L'amiante, était déchargée à dos d'homme, par les dockers qui de père en fils se sont exposé au minerai. A quelques encablures des quais, sur les Chantiers et Atelier de France, on construisait les plus grands bateaux, sous marins, paquebots etc. pendant des décennies. L'amiante était là, omniprésente, servant au calorifugeage et matériaux d'isolation en tout genre que les ouvriers manipulaient quotidiennement.
Les femmes lavaient les bleus de travail des hommes revenus du port, les enfants embrassaient les pères qui rentraient du travail, prenant insidieusement leur lot de poussière. Aujourd'hui le collectif des veuves de l'amiante compte 571 adhérentes. A Dunkerque, l'amiante laisse un tribu très élevé. La rubrique nécrologique du journal Le Nord fait régulièrement état des disparus de l'amiante, souvent plusieurs par mois, chez les dockers, les salariés des chantiers ou encore les anciens de Sollac (Arcelor Mittal).
Après s'être battus pour conserver l'emploi, au prix de grèves et de luttes durant parfois des années, les anciens des docks, des chantiers ou de Sollac se battent aujourd'hui pour une reconnaissance en maladie professionnelle. Beaucoup meurent prématurément, emportés par un cancer de type mésothéliome qui souvent sonne le glas avant leur 65 ans. Aujourd'hui, à Dunkerque, beaucoup se battent pour que cette histoire ne reste pas lettre morte.

  • Le port de Dunkerque a été pendant cinq décennies le premier port d’importation de l'amiante en France. 70% de l'amiante arrivée en France était déchargée par les dockers de Dunkerque, aujourd'hui sévèrement touchés par les maladies de l'amiante.

  • Le port de Dunkerque a été pendant cinq décennies le premier port d’importation de l'amiante en France. 70% de l'amiante arrivée en France était déchargée par les dockers de Dunkerque, aujourd'hui sévèrement touchés par les maladies de l'amiante.

  • Roger Monteyne, ancien docker aujourd'hui à la retraite. jusqu'en 1993, il déchargeait l'amiante des cales du Borodine en provenance de Russie sur les quais 6-7 du port de marchandise.

  • L'Avenir est la maison mère des dockers CGT de Dunkerque. Durant de nombreuses années, il a été le lieu des luttes, des commémorations, des batailles qu'ont mené les dockers, notamment celle de l'amiante.

  • L'Avenir est le la maison mère des dockers CGT de Dunkerque. Durant de nombreuses années, il a été le lieu des luttes, des commémorations, des batailles qu'ont mené les dockers, notamment celle de l'amiante.

  • Au café de l'Avenir, les anciens dockers CGT à la retraite se retrouvent pour jouer au cartes, ou boire une bière. Parmi les anciens dockers présents, tous ont déchargé l'amiante des bateaux en provenance de Russie et les deux tiers sont touchés par l'amiante.

  • L'Avenir est la maison mère des dockers CGT de Dunkerque. Durant de nombreuses années, il a été le lieu des luttes, des commémorations, des batailles qu'ont mené les dockers, notamment celle de l'amiante. Aujourd'hui, les dockers à la retraite s'y retrouvent pour jouer au cartes, ou boire une bière.

  • M. Desecache a travaillé de nombreuses années à Sollac (Arcelor Mittal) de Dunkerque. A la suite d'un cancer du larynx lié à l'amiante, il ne peut plus travailler et doit régulièrement s'aider de l'assistance oxygène.

  • Le 22 octobre 2016, des dockers présents au café de l'Avenir apprennent qu'un de leur camarade Jean Dewulf, dit "Ti jean", est décédé d'un cancer de l'amiante la veille.

  • Louis Monteyne, docker à la retraite, est une figure du port. Il s'est longtemps battu pour le statut des dockers et pour les victimes de l'amiante. Il est atteint de plaques pleurales.

  • Jean-Pierre Ignace est un ancien des chantiers de France où se construisaient sous-marins, paquebots et autres navires sur le port de Dunkerque. Très fortement amianté, le milieu de la construction navale a laissé des traces importante sur la santé. Aujourd'hui, il porte de nombreuses plaques pleurales et a dû se faire enlever un morceau de poumon.

  • Jean-Pierre Ignace est un ancien des chantiers de France où se construisaient sous-marins, paquebots et autres navires sur le port de Dunkerque. Très fortement amianté, le milieu de la construction navale a laissé des traces importante sur la santé. Aujourd'hui, il porte de nombreuses plaques pleurales et a dû se faire enlever un morceau de poumon.

  • Pierre Pluta, figure de la lutte pour les victimes de l'amiante, est un ancien salarié des Ateliers et Chantiers de France. Il consacre tout son temps à la défense des victimes de l'amiante. Ancien président de l'Andeva, il est aujourd'hui président de l'Ardeva Nord-Pas-de-Calais. (Association Régionale Des Victimes de l'Amiante)

  • Le 20 octobre 2016, le docker Jean Dewulf, dit "Ti jean" est décédé à 62 ans d'un cancer de l'amiante. Les obsèques ont lieux quelques jours plus tard.

  • Le 25 octobre 2016, le docker Jean Dewulf, dit "Ti jean", décédé à 62 ans d'un cancer de l'amiante quelques jours plus tôt, est inhumé au cimetière de Dunkerque en présence de sa famille. Ses camarades, tous anciens dockers, se retrouvent après les obsèques pour évoquer son souvenir.

  • Le 25 octobre 2016, le docker Jean Dewulf, dit "Ti jean", décédé à 62 ans d'un cancer de l'amiante quelques jours plus tôt, est inhumé au cimetière de Dunkerque en présence de sa famille.

  • Les Ateliers et Chantiers de France ont tourné pendant 85 ans employant plus de 3000 ouvriers de Dunkerque et sa région. Tous ont été au contact de l'amiante. Aujourd'hui, le site a été réhabilité en parc et lieu culturel.

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CANARI, CAP CORSE #407.07.2016


Patricia Burdy, inspectrice du travail en Corse, connait bien l'histoire de l'amiante sur le Cap corse. Elle a mené de nombreux bras de fer contre l'entreprise Vinci pour faire appliquer les règles de sécurité et de protection sur de nombreux chantiers, comme celui de l'usine de Canari où elle a dressé plusieurs procès verbaux en 2015-2016.




Une équipe de la société TGH travaille pour le compte du groupe Vinci, lui meme prestataire pour l'ADEME. Les opérations visent à sécuriser les flancs de la mine qui tombent régulièrement sur la route D80.




Durant leurs opérations, les techniciens de la société TGH se protègent de l'amiante en portant des scaphandres et tenues règlementées. Les conditions de travail sont particulièrement difficiles sur cette partie du site où l'amiante est extrêmement volatile.


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CANARI, CAP CORSE #322.06.2016


Marcel Spampani habite un des villages du Cap situés à quelques kilomètres de Canari. Ancien agent de l'ONF, il s'est garé durant plusieurs années sur le parking de l'usine. Aujourd'hui malade de l'amiante, il se bat au sein de l'Ardeva* Sud-Est pour les victimes du Cap.

* Association Régionale Des Victimes de l'Amiante




Réunion d'information à l'association l'Ardeva* Sud-Est où plusieurs anciens ouvriers et anciens mineurs viennent préparer leurs dossiers de reconnaissance en maladie professionnelle.

* Association Régionale Des Victimes de l'Amiante


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CANARI, CAP CORSE #208.06.2016


Paul Gigli a travaillé sur le port de Bastia durant une grande partie de sa vie comme menuisier. A l'époque, plusieurs tonnes d'amiante provenant de Canari transitaient quotidiennement par le port pour être acheminées sur le continent. Paul Gigli est malade de l'amiante depuis plusieurs années.




Les puits de la mine d'amiante de Canari, fermée depuis 1965 sont toujours ouverts depuis cette date. Aujourd'hui, le site est considéré comme hautement amianté avec des mesures atteignant certains jours 5000 fibres/litre d'air alors que le seuil règlementaire est de 10 fibres/litre d'air.




L'usine de Canari, gérée par la société Eternit, transformait l'amiante provenant de la mine. Fermée depuis 50 ans, l'usine regorge encore d'amiante. Elle surplombe la route départementale 80 employée quotidiennement par les cap corsiens ou les touristes de passage.


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CANARI, CAP CORSE #127.05.2016


La plage de Nonza se situe à quelques kilomètres du village de Canari où a été exploitée la mine et l'usine d'amiante par la société Eternit jusqu'en 1965. Alors que la mine était encore en exploitation, des tonnes de minerai jetées à la mer ont créé une plage artificielle permettant de marcher de la mine jusqu'à Nonza. Aujourd'hui la mer reprend sa place petit à petit.

À l'ouest de Bastia, sur le Cap Corse, une page de l'histoire de l'amiante s'est écrite jusqu'en 1965. Malheureusement cette page n'est pas totalement tournée car aujourd'hui, 50 ans après la fermeture du site, le minerai est toujours présent. La mine et l'usine de Canari laissent encore échapper la poussière d'amiante, entreposée durant des décennies, accumulée sur les flancs de la montagne qui surplombe la route D80, cette même route qui permet aux touristes et aux habitants de faire le tour du Cap. A l'époque, toute la montagne était blanche, comme recouverte d'un linceul.

Canari, cette petite commune d'une centaine d'âmes a connu des jours radieux avant la fermeture. On comptait un millier d'habitants à l’époque où la mine et l'usine apportaient du travail. Alors qu'elle nourrissait les travailleurs, elle les rendait malades dans le même temps, insidieusement, silencieusement. Là est le paradoxe de l'amiante.
Aujourd'hui, la plupart des anciens mineurs et ouvriers d'Eternit sont morts. Certains, avec beaucoup de chance, ont pu en réchapper. Armand Guerra, le maire de Canari en fait partie, pourtant il a travaillé comme mineur de 1959 à 1964. Aujourd'hui, c'est sur sa commune que l'usine et la mine sont situées. Depuis huit ans maintenant, les tentatives de désamiantage et de mise en sécurité n'ont pas donné les résultats espérés. L'amiante est toujours là et les habitant du Cap, résignés doivent s'en protéger au quotidien. Beaucoup se battent pour une reconnaissance en maladie professionnelle, d'autres tentent de ne pas laisser dans l'oubli la mémoire des lieux et de l'époque.

La mine et l'usine semblent aujourd'hui impossibles à désamianter. Il semble n'y avoir ni les moyens, ni la volonté politique pour que la situation ne change, ou du moins qu'elle s'améliore. La commune de Canari, accompagnée de la mine et de l'usine donnent aujourd'hui l'impression d'un bateau sans gouvernail, une parenthèse encore ouverte, en suspens au dessus de la Méditerranée.



Armand Guerra, mineur de 1959 à 1964, actuel maire de la commune de Canari se souvient de l’époque florissante où la commune comptait 1000 habitants. Aujourd’hui, ils ne sont plus qu’une centaine à vivre à Canari. L’usine et la mine toujours saturées d’amiante posent de nombreux problèmes pour l’activité de la commune, la santé publique, l’environnement.

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TERSSAC, TARN, USINE ETERNIT #6 29.04.2016


D'anciens ouvriers de l'usine Eternit se réunissent pour enregistrer un document d'archive sur l'exploitation de l'amiante.

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TERSSAC, TARN, USINE ETERNIT #5 12.04.2016




Permanence à l'ADDEVA près de Terssac où les membres bénévoles aident les victimes à monter les dossiers d'indemnisation.



Des membres de l'ADDEVA déjeunent dans un restaurant aux alentours de Terssac après une matinée de permanence à l'association.

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TERSSAC, TARN, USINE ETERNIT #4 12.04.2016


Permanence à l'ADDEVA près de Terssac où les membres bénévoles aident les victimes à monter les dossiers d'indemnisation.

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TERSSAC, TARN, USINE ETERNIT #3 04.04.2016


Jean-Marie Birbes et Christian Robert visitent la zone d'enfouissement de l'amiante provenant de l'usine Eternit de Terssac.

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TERSSAC, TARN, USINE ETERNIT #2 24.03.2016


Une stèle à la mémoire des victimes de l'usine Eternit a été inaugurée en mai 2015.

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TERSSAC, TARN, USINE ETERNIT #1 17.03.2016


L’usine Eternit de Terssac a ouvert ses portes en 1971 pour y fabriquer des matériaux de constructions intégrant le minerai d'amiante. Les ouvriers y ont été exposés jusqu'en 1996, année de son interdiction sur le territoire français.

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