photographies par
Bertrand Gaudillère
textes par Catherine Monnet
 
JUSTES SOLIDAIRES
photographies parBertrand Gaudillère
textes et son parCatherine Monnet

Alors que les pays européens s’avèrent incapables de répondre conjointement à un exode sans précédent de populations fuyant la guerre ou la misère, une autre forme de solidarité émerge en France. Elle dépasse le cadre habituel des associations et des collectifs d’entraide. Elle touche différentes classes d’âge, différentes catégories sociales ou professions et toutes les religions. Faisant fi des préjugés et des peurs véhiculées sur les étrangers, de plus en plus d’anonymes tendent la main aux milliers de réfugiés livrés à eux-mêmes.

Ce phénomène a pris une ampleur particulière dans le nord de Paris à partir de l’été 2015. Expulsés des dessous du pont du métro aérien de La Chapelle, puis ballotés d’un camp de fortune à un autre, des centaines de migrants survivent depuis dans les 18e et 19e arrondissements de la capitale grâce à l’aide de citoyens ordinaires. Le photographe Bertrand Gaudillère et la journaliste Catherine Monnet proposent de découvrir les visages, les histoires et l’engagement de ces Français devenus acteurs d’une des plus graves crises humanitaires et politiques du début du XXIe siècle. A Paris et sur le chemin de l’exode, de la frontière franco-italienne jusqu’à Calais, l’ensemble de ces portraits révèlent la générosité, voire l’inventivité d’une France solidaire malgré la crise.

Avant de reprendre la route pour La France Vue d'Ici, les auteurs proposent de (re)découvrir la première partie de leur projet réalisé à Paris au cours de l’été 2015

LOCALISATION

 

LOCALISATION

CONTEXTE(S)18.11.2016




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DIVERTIR 14.11.2016

Gala L. - 23 ans & Virgile S. - 23 ans
Sous le pont de La Chapelle, on ne les voyait pas, ils étaient cachés dans les tentes et sous le métro. Quand ils sont arrivés rue Pajol, c’est là que l’on a réalisé qu’ils étaient livrés à eux-mêmes. Ils n’avaient pas assez à manger, ils n’avaient que quelques couvertures de survie, certains étaient pieds nus. On a commencé par donner nos couvertures, nos pulls, nos chaussures, on a fait les fins de marchés pour pouvoir leur faire à manger. Puis quand d’autres personnes et les associations ont pris le relais, comme nous avions créé des liens d’amitié avec certains d’entre eux, nous leur avons proposé de passer le soir à la maison. Pour se doucher ou se changer simplement les idées. Certains n’en pouvaient plus du camp, on leur a juste proposé de passer chez nous se détendre, écouter un peu de musique. Un jour, Felix a découvert qu’il y avait une playstation. Depuis qu’il y joue, tout le monde nous dit qu’il est beaucoup moins agressif et qu’il a retrouvé le sourire ! Voilà, nous on aide juste nos voisins en apportant des rapports humains normaux.

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ENSEIGNER 10.11.2016

Alison B. - 24 ans
C’est la première fois que je participe à un tel mouvement. Je suis arrivée sur le camp d’Eole avec une amie étudiante en philosophie comme moi à l’Ecole Normale Supérieure. Il y avait tout un système de bricolage mis en place dans l’urgence qui nécessitait surtout des compétences matérielles. Mais moi à part écrire des mémoires, je ne sais rien faire de mes dix doigts ! Je ne savais pas comment aider. Un lundi, on a décidé de faire un atelier avec des jeux en français car on voyait que les journées des migrants étaient un temps d’ennui, d’angoisse et d’attente. Il y a un véritable besoin et ces cours de français sont un lieu de partage incroyable. On a le temps de parler et d’installer une relation. C’est peut-être indécent de dire que l’on peut trouver de la joie dans ces endroits mais je ne vois pas comment j’aurais pu faire ce type de rencontres ailleurs que dans ce lieu de solidarité citoyenne. Pour la première fois de ma vie je réalise que je ne suis plus simplement indignée dans la passivité. Je suis passée à l’acte.

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COORDONNER 08.11.2016

Houssam E. - 30 ans
Je suis un « activistounet » qui participe à de nombreuses mobilisations de « gauche-gauche» mais je ne me suis pas dit qu’il fallait faire « une lutte de migrants ». Je suis vraiment rentré dans le mouvement après la première expulsion de La Chapelle. Cela a été présenté comme une opération humanitaire. Aujourd’hui on fait des guerres au nom de l’humanitaire or ce qui compte c’est l’humanité, car comme le dit Beckett : « l’humanité c’est nous, que ça nous plaise ou non ». Des images m’ont vraiment heurté, comme voir des noirs construire des cabanes au Bois Dormoy, surtout dans le contexte de racialisation extrême des discours. Il y a aussi un déni d’égalité, on ne traite pas des humains comme cela. Quand on est arrivé dans les jardins d’Eole, on a créé des commissions unitaires entre soutiens et migrants. Sur le camp, je mets en relation les gens, je coordonne l’action de différents soutiens et essaye de structurer tout cela. Mais j’ai du mal à dire « je » car il y existe ici une véritable énergie collective sans laquelle nous ne serions pas là.

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CONSEILLER 04.11.2016

Héloïse M. - 33 ans
Mes parents étaient expatriés et j’ai grandi dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Pour dire que je voulais rester durablement quelque part, il suffisait que je montre mon passeport et remplir un ou deux formulaires mais pas des dossiers de 60 pages. Jamais on ne m’a demandé autant de papiers qu’ici en France ! Aujourd’hui je suis juriste, spécialisée en droit des femmes et de l’immigration. Je viens sur le camp de Pajol de façon bénévole pour éviter que certaines personnes ne fassent payer un conseil et orienter au mieux les migrants vers les différentes permanences parisiennes. Quand ils arrivent, ils sont perdus, déstabilisés, souvent malades et traumatisés. Le but est de leur donner « les premiers soins juridiques », les premiers conseils d’urgence et de les orienter vers des instances qui sont incontournables dans leur parcours de demandeur d’asile, comme La Cimade ou France Terre d’Asile. Je ne suis pas l’Etat français, ni la préfecture. Les réponses que j’apporte sont minimes par rapport aux besoins, mais au moins, elles sont utiles.

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PHOTOGRAPHIER 05.10.2016

Jean-Baptiste P. - 46 ans
Mon fils m’a conseillé de lire Eldorado de Laurent Gaudé, qui raconte l’histoire d’un jeune soudanais qui quitte son pays et son périple jusqu’en Europe. J’ai dévoré le livre en quelques jours. Quand je l’ai refermé, c’était un dimanche matin, je me suis levé, habillé et ça a été le déclic pour aller voir les gars sous le pont de La Chapelle. Pendant un mois, je leur ai amené du café ou du thé et un jour, je suis venu avec mon appareil. Je suis photographe professionnel. C’est un peu particulier car en général, ils ne veulent pas être photographiés. Du coup, j’ai pris le parti de ne prendre que ceux qui me le demandaient et c’est eux qui posaient comme ils avaient envie de le faire. Nous étions dans l’échange. Je faisais des photos et comme je revenais avec des tirages, eux, ils avaient des photos sympas. Ils me demandaient souvent des photos d’identité car ils en ont besoin pour leurs démarches administratives. Je me suis longtemps débiné puis un jour j’ai commencé à le faire et à venir avec un fond blanc. Là, j’ai commencé à leur donner quelque chose.

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TRADUIRE 15.09.2016

Sarra A. - 56 ans
Aujourd’hui je suis française, mais j’ai dû moi-même mener des batailles quand, sous le coup des lois Pasqua en 1994, j’ai reçu une invitation à quitter le territoire alors que j’étais professeur de français auxiliaire. J’ai toujours été sensible à l’injustice. Je suis venue voir les migrants à La Chapelle sans savoir ce que je pouvais faire pour les aider. Mais comme je suis arabophone, j’ai commencé à traduire les AG, les papiers que les migrants recevaient quand ils faisaient des demandes de domiciliation et à servir de lien avec Médecins du Monde. J’ai beaucoup parlé et beaucoup écouté. Parfois je ne sais pas comment traduire car eux-mêmes ne trouvent pas les mots pour décrire ce qu’ils ont vécu. C’est difficile d’être leur intermédiaire. Je reçois des témoignages qui souvent me bouleversent, mais je ne m’autorise pas à être dans l’émotion. Je dois être à la hauteur pour traduire ce que je viens d’entendre avec respect et dignité. Ces gens sont forts et respectables, ils nous apprennent beaucoup.

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(se) LAVER 07.09.2016

Nicolas J. - 44 ans
En France, on est depuis longtemps habitué à se tenir à l’écart des gens qui dorment dans les rues. Mais quand soudain cela se passe à deux pas de chez vous et que l’on vous demande d’héberger quelqu’un, il se passe quelque chose. La première fois que j’ai accueilli quelqu’un, à la demande d’une amie, j’ai vu dans les yeux d’une mère et de sa petite fille de la gratitude. Et moi aussi j’avais une forme de gratitude car cette rencontre avait quelque chose d’extraordinaire. J’avais envie de leur dire merci de m’avoir aidé à franchir ce fossé qui nous sépare. Ce fossé est inhumain et le franchir c’est peut-être se réconcilier avec une humanité qui a disparu de notre société. Le lendemain, la police évacuait le square St Bernard par la force. A ce moment-là j’ai choisi mon camp, j’ai choisi d’être solidaire. Je suis chercheur au CNRS et participe au mouvement collectif qui s’est créé à La Chapelle. J’invite aussi occasionnellement les migrants que je connais à venir se doucher chez moi car c’est essentiel de pouvoir rester propre.

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NOURRIR 01.09.2016

Fatouma G. - 36 ans
Un jour je me suis arrêtée devant une tente où il y avait des femmes. J’ai été interpellée. Je me suis demandée comment elles arrivaient à avoir une intimité avec autant d’hommes autour. Comment faisaient-elles pour aller aux toilettes, pour se laver ? Je suis une mère qui vit seule avec ses enfants et qui trouve que c’est déjà dur de se débrouiller. Mais comparées à une femme qui doit quitter son pays, traverser la mer et prendre autant de risques, mes difficultés sont bien minimes à côté. Aujourd’hui, je m’occupe principalement de gérer les dons de nourriture, de trouver de grandes marmites et des espaces où l’on peut faire un repas chaud pour 150 personnes. Je leur cuisine aussi des repas consistants qui leur permettent d’avoir un semblant de sommeil avant un lendemain qui est une nouvelle bataille. Je ne veux pas seulement remplir le ventre de mes frères et sœurs d’Afrique. Je veux aussi apporter du réconfort dans les drames qu’ils ont connus. Et un repas chaud permet cela.

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ACCOMPAGNER 22.08.2016

Lyes L. - 21 ans
Une amie m’a signalé qu’il y avait des mineurs sur le camp de Pajol et qu’il n’y avait pas d’associations. Etre enfant dans nos sociétés n’est pas évident et dans un camp de migrants encore moins. Pour moi, c’est le rôle de tous de sécuriser ce public vulnérable. Je me sens d’autant plus concerné que j’ai moi-même été pris en charge par l’aide sociale dans mon enfance et que je suis aujourd’hui travailleur social. Le jour où je me suis rendu sur place, il y avait une expulsion. Des élus et des citoyens formaient une chaine devant les migrants mais les CRS fonçaient et extirpaient de force les migrants et parmi eux il y avait des enfants. Cette violence m’a profondément choqué et m’a poussé à me mobiliser. Je fais surtout un travail d’information auprès des mineurs car ils ne connaissent pas leurs droits. Ils pensent qu’on va les emmener en prison quand on les accompagne à la PAOMIE, la Permanence d’Accueil et d’Orientation des Mineurs Isolés Etrangers. Je les informe et essaye de les convaincre d’accepter une prise en charge puis je les accompagne dans leurs démarches pour être mis à l’abri.

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REDISTRIBUER 19.07.2016

Sophie C. - 44 ans
Un samedi j’ai vu sur Facebook un appel pour faire face aux CRS qui semblaient vouloir déloger des migrants qui avaient trouvé refuge sur un bout de trottoir. Je ne pensais pas faire  bodygard, mais je voulais être là et témoigner avec mon regard de citoyenne. En tant que professeur en communication, je suis outrée de voir la récupération de la parole politique sur la question migratoire. Quand je suis allée sur place, je me suis rendu compte qu’il y avait de véritables besoins notamment pour les femmes. En rentrant chez moi, j’ai ouvert tous mes placards pour voir ce que je pouvais donner. Et je me suis dit que je pouvais aussi être utile en faisant appel à mon entourage. Sur Facebook, mes messages commencent toujours par : « Ouhouh, Charlie ! ». Je tutoie ce Charlie en sachant que c’est une masse, une entité ; « Ouhouh Charlie, pourrais-tu s’il te plait faire tes fonds de placards pour me trouver des vêtements ou pourrais-tu me donner 10 euros pour acheter de la nourriture ou des kits hygiène ». Je me suis vite rendue compte que ces messages avaient moins de succès que mes lol cats...

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COMMUNIQUER 06.07.2016

Gabriel D. - 23 ans
Au début on fait des pommes de terre et de la purée pour des gens qui n’ont pas toujours vraiment faim et après on découvre des histoires de vie et on est confronté à la réalité. Je ne suis ni militant, ni politisé mais je suis indigné de voir comment notre Etat traite avec autant de violence, de mépris et de cynisme les plus faibles. Cela donne envie d’aider et de donner le meilleur de soi même. J’ai co-créé la page du Comité de soutien des migrants de La Chapelle sur Facebook qui permet de centraliser les informations et de signaler les besoins. Aujourd’hui, on a plus de 14.000 membres ! J’ai aussi créé une collecte en ligne car il y avait beaucoup de propositions de dons, mais personne ne savait comment et où donner. On avait mis un objectif de 500€ mais au début on a reçu plus de 800€ de dons par jour ! Quand on voit l’argent affluer, on se dit que la générosité est impressionnante et qu’il y a plein de monde de bonne volonté. Cela m’a fait ressentir une bienveillance et une force qui m’accompagneront jusqu’à la fin de ma vie.

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SOIGNER 24.06.2016

Clémentine V. - 29 ans
On se sent très vite honteux de savoir ce qu’il se passe à côté de sa porte. J’ai vu les vidéos de la première évacuation à La Chapelle, c’était d’une grande violence envers les migrants. Là je me suis dit que ce n’était pas tenable de voir les autorités aller à l’encontre de personnes qui étaient dans une situation aussi désastreuse, qui étaient déjà à ras de terre. Ca m’a profondément indignée. Je suis infirmière et je me suis rappelée que j’avais fait ce métier pour aller vers les autres, notamment en situation d’urgence. J’ai contacté une amie qui m’a conduite sur le camp des migrants, c’était un joyeux bazar avec un petit coin infirmier. Je voyais les gens qui dormaient par terre. J’ai demandé où étaient les toilettes, où étaient les points d’eau. A ce moment-là j’ai compris l’urgence de la situation, je me suis dit: c’est pas possible... Heureusement MDM (Médecins du Monde) est arrivé, aujourd’hui je les aide surtout à répertorier les besoins, à suivre les personnes qui nécessitent des soins et je fais aussi un peu de « bobologie ».

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PARTAGER 15.06.2016

Pedro N. - 57 ans
J’habite dans ce petit appartement juste devant un square où il y a des migrants. Chez moi, c’est d’abord un lieu de passage d’artistes kurdes ou venant d’Amérique latine et c’est devenu peu à peu comme un point de repère, une maison pour les réfugiés. Quand mes trois fenêtres sont ouvertes, ils savent qu’ils peuvent venir prendre un café, un fruit, du savon, une brosse à dent, une aspirine, un médicament ou tout ce que les gens déposent ici. Vous voyez tous ces vêtements, c’est arrivé ce matin. Les migrants m’ont surnommé «baba » (grand-père) ou docteur, ce que je ne suis pas car je suis comédien et que je les aide juste avec mon énergie et en leur donnant ce qu’on m’apporte. Cela fait quatre ans que je me suis engagé auprès des migrants. J’ai appris la solidarité en Colombie, mon pays d’origine, et en Uruguay auprès de gens victimes des violences d’une dictature. Comment peut-on accepter que des êtres humains qui fuient des persécutions vivent dans des situations de misère si profonde et dorment sur des cartons avec les rats ?

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HÉBERGER 03.06.2016

Manon A. - 25 ans
Je vais être honnête, je ne me sentais pas concernée par les migrants. Un jour ma sœur m’a appelée pour venir prendre des photos de l’expulsion qui se déroulait rue Pajol. C’était tellement violent que mes mains tremblaient. Si je n’avais pas vu ces scènes et la peur que cela avait engendré chez les migrants, je ne pense pas que je me serais ainsi impliquée. Quelques heures après l’expulsion, quinze mineurs sont revenus dans la rue, ils n’avaient plus rien, plus de matelas, plus d’affaires car tout avait été enlevé, nettoyé par la ville de Paris. Avec d’autres habitants du quartier, on les a hébergés jusqu’à ce qu’ils soient pris en charge par Emmaüs. Depuis, il y a eu beaucoup de passage chez nous : des personnes qui viennent d’arriver en France et qui sont fatiguées, des personnes qui doivent repartir vers Calais ou pour un autre ailleurs. Ce n’est pas compliqué d’ouvrir sa porte. On rencontre des cas très différents. Une personne est venue plusieurs fois sans jamais dire merci. Mais la majorité parle beaucoup. Ils se livrent dès qu’ils se sentent en confiance et venir ici leur donne un peu de répit.

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ACCUEILLIR 26.05.2016

Olivier M. - 39 ans
Tout a commencé avec la tentative d’occupation du gymnase près de chez moi par des militants et les migrants. C’est parti en cacahuète et les migrants sont venus dormir dans la rue juste devant chez moi. Le lendemain matin, comme je suis gardien d’immeuble, je suis sorti comme d’habitude donner un coup de balai sur mon trottoir. Et là, je vois des bouteilles remplies d’urine, des cartons et des papiers partout. La rue était une poubelle. Je me suis pris la tête entre les deux mains en pensant à tout le travail qui m’attendait. A ce moment-là, un migrant s’est levé, est venu vers moi et m’a demandé mon balai. Puis avec une dizaine d’autres personnes, ils ont nettoyé la rue. J’ai trouvé ça super et c’est là que j’ai commencé à faire quelque chose pour eux. J’ai d’abord fait chauffer un peu d’eau et du café. Maintenant, je passe toutes mes pauses sur le camp et m’occupe notamment des mineurs et des femmes. J’essaye de les reloger provisoirement dans le quartier jusqu’à ce qu’ils soient pris en charge. Je suis athée et ne fais partie d’aucun parti politique. C’est juste le cœur qui parle.

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