photographies par

Hervé Lequeux
textes par
Sébastien Deslandes
 
BANLIEUE, CAPITALE ÉCONOMIQUE


photographies parHervé Lequeux
textes par Sébastien Deslandes



Depuis 2009, nous avons fait le choix, en collaboration avec le journaliste Sébastien Deslandes, de documenter le quotidien de la jeunesse vivant dans les quartiers populaires en France. Profitant de l'association de nos regards (textes et images), nous avons tracé une ligne imaginaire du Nord au Sud, des quartiers nord d'Amiens aux quartiers nord de Marseille, en passant par les banlieues parisiennes (93, 92, 78) et lyonnaises (Vaulx-En-Velin, Vénissieux) à la rencontre de cette jeunesse. Nous avons donné naissance au documentaire « Une jeunesse française ».

Souhaitant dépasser les stéréotypes pesant sur cette jeunesse et ces quartiers, nous tentons d'éclairer ces visages méconnus, d'explorer leur intimité en suivant leurs pas quotidiens. Cette démarche a pris sa consistance au fil des problématiques rencontrées. Déscolarisation, éclatement de la cellule familiale, questionnements autour de la religion et de l’identité, mise en exergue des richesses et des talents, parfois laissés en jachères ou déçus. Tels sont quelques-uns des volets appréhendés.

6 années de travail ont passé. Nous souhaiterions aujourd’hui aborder un enjeu seulement touché tout au long de ces années, et ayant trait à l’économie. En effet, faisant le constat de leurs difficultés à accéder à leurs revendications économiques et sociales, de leurs attentes déçues d'une solution provenant du politique, une large partie de la jeunesse se lance aujourd'hui dans la création d’entreprise. Les itinéraires sont multiples, autodidactes ou profitant de certaines structures mises en place par l’État (ADIE, MIEL) ou associatives (Agir pour Réussir).

À Clichy sous Bois (Seine-Saint-Denis Denis), par exemple, Igor et plusieurs de ses amis ont créé leur première entreprise dès l'âge de 18 ans dans les transports, puis le commerce et la mode. D’autres ont développé leur maison de production. À 30 ans, Ils sont devenus de véritables exemples pour la population et a fortiori les plus jeunes, toujours en quête d’exemples de réussite et prompts à s’en inspirer. Par leur entreprise, ils ont aussi contribué à redynamiser leur quartier, mettant un point d’honneur à recruter parmi les habitants. Aux Mureaux, Saber a développé une entreprise ambulante de bouche à la sortie des clubs de musique de la capitale. Nous porterons également notre intérêt sur le parcours de Malek. Trentenaire, au parcours parfois sinueux, il a repris le café au cœur de la cité des Bougimonts, y fait travailler l’un de ses frères, récemment sorti de prison, et s’apprête à se lancer dans l’immobilier. Ce sont toutes ces interactions économiques que nous souhaiterions développer pour « la France Vue d’Ici ». Nous ne nous interdisons aucun horizon. Nous souhaiterions néanmoins nous arrêter spécifiquement sur les quartiers de la ville de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) qui agit pour la jeunesse des quartiers d’ile de France comme une capitale économique et dont nous tenterons d’en éclairer les formes. Parmi d’autres, nous documenterons l’initiative d’un jeune de la ville, spécialisé dans le désamiantage, un secteur qui profite pleinement des nombreux chantiers de rénovations urbaines. Nous porterons notre regard également sur le grand ouest. Dans le grand ouest, région non explorée au cours de notre documentaire, et pourtant très dynamique, nous travaillerons également dans cette perspective.

L’ingéniosité de ces jeunes entrepreneurs des quartiers est débordante, leur pragmatisme est leur force. Faisant fi des échecs qui pourraient exister autour d'eux, ils ne comptent que sur eux-mêmes et le large tissu économique et social existant dans leur quartier, le seul capital social à leur disposition. Gagner sa vie coûte que coûte, quitte à profiter parfois de l'opacité des quartiers ou à utiliser les réseaux en lien avec les pays d’origine des familles, à l’image de ces nombreuses entreprises d’import/ export avec l’Afrique. Les quartiers populaires sont un royaume de la débrouille où le sens de l'initiative fait loi. Nous souhaiterions en documenter les formes, en suivre pas à pas les réalités et développer des histoires courtes mêlant nos photographies et nos textes. En 2011, le Festival Visa pour l’image a projeté une partie de ce documentaire. En 2015, les Éditions Bessard ont édité un livre de 32 images, limité à 200 ex., avec un texte en anglais et un tirage signé : « A French youth ».

 

LOCALISATION

 

LOCALISATION



FLANEURZ, DÉCLIPSEUR DE QUARTIER09.11.2016




Flaneurz est un société qui propose de rendre clipsable les chaussures sur des rollers. Fondée par Florian Gravier aux côtés d'Arnaud Darut-Giard, leur petite start-up d'abord lancée via le site de crowdfunding Kickstarter, a finalement trouvé sa place en 2015 au sein de la pépinière d'entreprises de la Courneuve. Une manière pour eux de participer à l'effervescence économique pouvant régner dans les quartiers populaires mais aussi de profiter de dispositifs fiscaux intéressants et d'une visibilité accrue.

COMMENTER  © Hervé Lequeux / La France VUE D'ICI
LINDA LES ROBES MÉTISSÉES21.10.2016




Ce soir, c’est l’événement de l’année. Et Linda Makasso, 33 ans, ne pouvait le manquer sous aucun prétexte. La communauté Soninké se réunit, comme c’est son habitude tous les ans, pour élire sa « miss ». Une vingtaine de jeunes filles originaires principalement de la région parisienne s’apprêtent à arpenter le podium sous les yeux d’un public impatient. Linda sera là, sourire toujours avenant, au milieu de ces talons hauts, de ces bazins ou des robes colorées. Il y a toutefois à parier qu’elle aura quant à elle les yeux rivés sur les vêtements que porteront les prétendantes. Ses créations.






C’est la deuxième année consécutive que Linda est sollicitée par le comité « miss soninké » pour habiller les jeunes candidates. « En tant que créatrice de robes, je me dis que si le comité miss Soninké fait appel à moi, c’est bon. Car si les femmes présentes ce soir voient une robe qui leur plait, peut-être feront-elles appel à moi par la suite. D’autant que les Soninké sont la communauté la plus importante en France et ils se marient un peu tous les quatre matins » s’exclame-t-elle dans un grand sourire.






Cela ne relève pas pour elle que de l’unique fierté. Il s’agit aussi d’une chance pour la société qu’elle a créée il y a 3 ans : « LMDresslocation ». Une société qui a grandi. Elle a même délaissé la chambre de ses enfants dans laquelle elle recevait ses premières clientes pour un petit « show room », niché dans une ancienne friche industrielle de La Courneuve. Là, les nombreuses robes semblent y tenir les murs. Quelques dessins sont encore disposés sur un petit bureau tandis que Linda multiplie les conversations téléphoniques avec des clientes potentielles. »




« Je propose ces robes de soirée à la location. Un peu comme une voiture : mes clientes viennent la prendre puis la rendent à l’issue de leur week-end. Je fais aussi des robes sur mesure, à la commande, ou des séances de maquillage. J’ai créé cette société tandis que je cherchais moi-même ma robe de mariage. Or comme dans nos traditions africaines, nous changeons plusieurs fois de tenues pendant la soirée, j’avais conclu que cela pourrait intéresser, financièrement, des femmes de louer leur robe. La location coûte chez moi autour de 200 à 250€ pour un week-end. Ma clientèle est principalement issue de banlieue, des communautés qui partagent ces traditions. »






Linda illustre l’émergence d’une génération d’entrepreneurs issus des quartiers populaires désireux de répondre aux spécificités de ce marché économique. « Il y a en effet une réelle demande. Dans mon cas, c’est essentiellement dans les quartiers populaires que je fais mon chiffre d’affaire. J’ai très peu de clientes parisiennes. Et même si elles le sont, elles auront toujours ce lien avec nos traditions. » Une économie de quartier, de paliers même, relayée à grand renfort de réseaux sociaux. À cet égard, Linda est omniprésente sur toutes les plateformes sociales, contant quotidiennement son actualité professionnelle et relatant les nouveautés qu’elle propose à sa clientèle. « Mes clientes viennent jusqu’à moi, principalement par le bouche à oreille. À la suite par exemple, d’une soirée comme celle des Miss ou d’un mariage. De manière générale, je leur ai été recommandée. Et elles me contactent par Facebook la plupart du temps » confie-t-elle. Au point que sa société encore naissante rencontre une certaine notoriété dans son secteur. La concurrence existe mais demeure limitée. Et Linda espère pouvoir bientôt délaisser son statut d’auto-entrepreneur lorsque sa société aura atteint sa vitesse de croisière. Ses dépenses de fonctionnement demeurent, à l’heure actuelle, limitées. Outre le loyer de 500€ pour son show room ou le pressing, Linda travaille également avec des artisans de banlieue. Comme les ateliers « Diagana », spécialisés dans les tissus africains et qui lui apportent les retouches nécessaires sur certaines de ses créations.








En l’état, Linda a conscience de l’équilibre encore fragile sur lequel repose sa société. Comme l’explique Sylvie Saget, directrice de la Maison de l’initiative économique locale (Miel) qui soutient et oriente les porteurs de projets désireux de créer leur société, une majorité des personnes qui viennent nous voir est tournée principalement vers « l’auto-emploi ». « Cela représente autour de 80% des projets. Par ailleurs 70% des porteurs de projet que nous avons accueillis dans le cadre de nos formations étaient en situation de précarité. En termes de projets d’entreprise, il y a les habituels projets de restauration ou dans le textile mais nous recevons de plus en plus de projets liés aux cosmétiques ou aux tresses qui répondent à une économie communautaire. Nous avons récemment développé des formations pour l’import-export, car beaucoup de projets sont liés aux pays d’origine. » Une situation qui fait, pour une part, écho au climat économique dans les quartiers. Comme le rappelle l’observatoire Nationale de la Politique de la Ville (ONPV), dans son rapport de mai 2016, le taux de chômage des 15-64 ans atteint 26,7% dans les quartiers dits relégués à la périphérie des agglomérations contre un taux global de près de 10% pour ces mêmes agglomérations.







Pour Linda, néanmoins, la question ne s’est pas posée en ces termes. Diplômée d’un master, elle avait entamée une carrière professionnelle au sein des missions locales de Seine-Saint-Denis. « Je travaillais dans l’insertion professionnelle » précise-t-elle. « Et puis, à l’aube de mes 30 ans, je me suis dit si je ne créé pas ma société maintenant, je ne le ferai jamais. Je venais d’avoir mon second enfant, je comptais de toute manière m’arrêter. Et je portais ce projet depuis déjà un moment. » Alors Linda s’est jetée à l’eau. À pas comptés et méthodiques. « J’ai intégré l’Adie (Association pour le Droit à l’Initiative Économique) pour travailler ce projet qui n’était alors qu’une bribe d’idées.


Pendant 6 semaines, j’ai suivi une formation à destination des jeunes porteurs de projet. On y travaille la finance, la communication et notre business plan, qu’il nous faut présenter au terme des 6 semaines pour juger de la viabilité de notre projet. Sans eux, je n’aurais pas pu prendre conscience que mon projet était véritablement viable » explique-t-elle. Il lui a aussi fallu convaincre ses proches, ses parents surtout. « Ils n’ont pas compris tout de suite. Surtout mon père. J’avais un emploi stable et c’est ce qu’ils espéraient pour moi. Mon père était lui-même entrepreneur au Cameroun mais il comprenait mal avoir risqué cette aventure, quitter son pays et venir en France, pour que sa fille, prenne elle-même des risques. »





 

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LINDA, LES ROBES MÉTISSÉES 16.09.2016




Linda Makart, habitante de Saint-Denis a 33 ans et sauté le pas. Le pas depuis son ancienne activité professionnelle, salariée d'une mission locale, à "l'aventure" de l'entreprenariat. Ses parents, immigrants camerounais l'en avaient bien dissuadée, soucieux de voir leur fille disposer d'une situation stable après tant d'efforts consentis. Mais Linda, amatrice de mode dans l'âme et consciente des possibilités du marché de la location de robes traditionnelles, a préféré suivre son chemin. Linda propose ainsi depuis 2013 la fabrication sur mesure & la location de robes à une clientèle captée via les réseaux sociaux ou par bouche à oreille.

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LA FIBRE D'ENTREPRENDRE17.05.2016




"Il n'y a pas de taf. Tu tournes la tête à droite, à gauche et s'il n'y a rien, tu n'as plus que ça à faire " , dit Ahmadou Saitouli, 35 ans, pour expliquer sa volonté de créer sa huitième entreprise. Entreprendre pour sortir du chômage et de la discrimination mais aussi par goût de l'aventure et d'entreprendre.

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LA FIBRE DE L’ENTREPRENEUR23.03.2016




Démarche chaloupée, voix lourde, Moussa Camara slalome entre les berlines garées sur le pas du grand hall. Téléphone à l’oreille, il ne prête pas plus d’attention aux vigiles qui en gardent l’entrée qu’aux cinq petites lettres sur le fronton. Medef. Moussa est un habitué des lieux. Il est en effet parvenu à créer, avec le concours de l’organisation patronale, et de son président, Pierre Gattaz, une « formation à l’entrepreneuriat », à destination des jeunes habitants des quartiers populaires, « les déterminés ». Il nous invite à le suivre. Une conférence traitant de la place des entreprises dans les quartiers populaires vient de se clore. Et une petite foule s’agite déjà autour d’un buffet. « Je vous présente Ahmadou Seitouli. Il est comme moi de Cergy. » « Vous vouliez rencontrer des entrepreneurs des quartiers, n’est-ce pas » feint-il, direct, d’interroger.




Veste soignée, chemise immaculée et sourire avenant, Ahmadou, 35 ans, est ici, lui aussi, à son aise. Il vient régulièrement. « Pour la formation » qu’il a suivie lors de la première promotion en 2015. Et pour les conférences. « C’est une bonne formation. J’ai beau avoir déjà créé 8 entreprises, je me suis aussi arrêté en classe de 3e. Cette formation est un plus car elle ouvre également les portes d’un réseau. Or, je viens de reprendre une entreprise spécialisée dans l’installation de la fibre optique. Et je souhaiterais la développer. » Nous discutons et fixons de nous retrouver quelques jours plus tard, au salon de l’entrepreneur. Ahmadou doit s’y rendre pour suivre « l’évolution de plusieurs dossiers », assister à quelques prises de paroles de chefs d’entreprise et faire de nouvelles rencontres. « Je me fixe de toujours me rendre à ce type de rendez-vous. J’essaye toujours d’en extraire quelque chose de positif pour mes projets. »




Il est en retard. Le temps pour nous de prendre conscience de la diversité d’hommes et de femmes, de jeunes et de moins jeunes, déambulant dans les allées du salon installé à la Porte Maillot, à Paris. Des jeunes filles voilées côtoient les chemises cravatées. Les regards perdus, ceux plus affirmés. Des stands vantent autant certaines grandes entreprises que les collectivités territoriales. Et, les banques se mêlent aux structures de conseils et d’aides aux entrepreneurs. Voici enfin Ahmadou, emmitouflé dans une longue doudoune blanche qui lui lèche les pieds. « Je suis désolé pour le retard. Vous avez un instant que je passe au vestiaire », dit-il, laissant découvrir son impeccable costume sombre. « Vous vouliez voir des choses » nous interroge t-il. « Il faut que j’aille voir l’INPI (l’Institut National de la Propriété Industrielle) pour l’application de géolocalisation que je développe. Et puis après, je dois retourner voir le réseau entreprendre. J’ai déposé un dossier chez eux car ils te permettent d’être parrainé dans ton projet par des chefs d’entreprise et de bénéficier d’un prêt d’honneur. Mais je n’ai aucune nouvelle d’eux depuis des mois. »


Sourire éclatant, postures langoureuses, Ahmadou se démène un stand après l’autre. « Je leur fais ma déballe » plaisante t-il en habitué de ce jeu de séduction. Dans ses déambulations, il retrouve quelques jeunes de la formation des « déterminés », échange sa carte avec d’autres, quelques mots avec de vieilles connaissances. Ici, un membre d’un jury qui l’avait soutenu lors de la présentation de son projet, là, un autre qui n’avait pas cru en lui. « Je suis allé le voir, simplement pour me rappeler à son bon souvenir. Dans le business, j’ai appris que nous n’avions pas le temps pour les querelles inutiles. »


Accoudé à la banquette d’un bar parisien, Ahmadou commande son diner. « C’est un ancien du Franc-Moisin (quartier sensible à Saint-Denis) qui a ouvert ce restaurant » nous indique t-il tandis qu’il saisit son téléphone. « Un instant, je téléphone à ma fille. Je la vois peu ces derniers temps. Je suis séparé de sa mère et tout ce qu’il se passe avec ma boite me prend du temps. » La création d’entreprise ferait selon lui partie de sa « nature », de son « tempérament ». Depuis les marchés sur lesquels, il tenait une étale et vendait des vêtements. « C’était ma première entreprise. J’avais 19 ans » précise t-il. En passant par le bitume de son quartier. Là, où il apprit « d’un ancien » du quartier « que nous aussi, on pouvait gagner notre vie en travaillant et en créant notre entreprise. Un exemple concret. Il était de chez nous et réussissait dans son secteur. » Le déploiement de la fibre optique. « À ce moment là, quand tu te lances, tu n’as que ta bravoure. Tu n’as aucune idée de ce qu’il faut faire, sinon qu’il te faut avoir un comptable. Mais tu es plein de bonne volonté » raconte t-il.





Quelques années plus tard, Ahmadou est lui aussi à la tête de son entreprise spécialisée dans la fibre optique. Elle emploie jusqu’à 200 salariés, principalement de son quartier, à Cergy. « C’est la force des quartiers. Les jeunes sont prêts à tout. Et puis tu travailles sur des sites sensibles. Tu as besoin d’avoir confiance. C’était donc une évidence pour moi que d’en appeler à eux, de la former. » Et ces jeunes seraient plutôt dur au mal, pour venir, par tous temps et sur la commande des fournisseurs d’internet, déployer ces câbles, poteaux électriques après poteaux électriques. « Cela a duré 10 ans. Une aventure. Moi qui ai débuté sur le terrain, dans le déploiement, j’ai pu peu à peu prendre du recul. J’étais le dirigeant. J’avais 25 ans et je gagnais très bien ma vie. J’ai tout flambé. En vacances, en voyage. J’ai simplement acheté un appartement pour ma mère, à Cergy. » La suite est plus complexe. Ses clients ont choisi d’autres entreprises. Le filon s’est un instant tari. Le temps de rebondir. « Je n’allais pas rester là sans rien faire. Il fallait que je reparte tout de suite. »








Alors Ahmadou s’est relancé. « Ce n’est pas la première fois » précise t-il. Néanmoins, il peut compter sur le réseau qu’il a patiemment tissé et quelques commandes pour de nouveaux « déploiement de fibres ». À Gennevilliers, il nous accueille dans ses locaux. Une petite pièce, seulement charmée par quelques objets personnels, qui jouxte celles d’autres petits entrepreneurs. Ici, il espère pouvoir se distinguer par « un service client » dont il argue des bienfaits, coup de fil après coup de fil, aux opérateurs. « Aujourd’hui, je ne m’imagine plus être salarié. Beaucoup de jeunes, au quartier, également. Ils ont évolué dans cette énergie de l’entrepreneuriat. C’est aussi selon moi la conséquence d’un manque de boulot. À un moment, il n’y a pas de taf. Tu tournes la tête à droite, à gauche et s’il n’y a rien, tu n’as plus que cela à faire. » Cette logique traverse une partie de la jeunesse issue des quartiers populaires. Déçus de voir leurs aspirations économiques et sociales se fracasser contre un plafond invisible au sein du monde de l’entreprise, certains auraient en effet conclus à la nécessité de s’en extraire. À l’obligation de ne compter que sur eux-mêmes. Au bienfait de créer leur propre voie. Toutefois, l’entrepreneuriat ne relève pas uniquement de l’entreprise savamment pensée puis lancée. « Dans les quartiers, les gens sont aussi des slasheurs qui passent d’une activité à une autre. ». Au gré des opportunités. Un royaume de la débrouille où le sens de l’opportunité fait loi.





 

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